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French Kissing: Saison Trois (E-BOOK)

French Kissing: Saison Trois (E-BOOK)

Quatre semaines après la fin de French Kissing: Saison Deux...

Des cœurs vont se briser et se recoller, de nouvelles intrigues feront surface, des fantômes du passé sèmeront la zizanie, et certaines erreurs devront être réparées — au lit comme ailleurs.

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Promotion Épuisé

À PARTIR DU 2 SEPTEMBRE

Description complète

Paris… Ville Lumière, ville de l'amour… et ville de tous les pardons !

Quatre semaines après le scandale qui a fait éclater au grand jour la liaison entre Steph et Dominique, la vie de nos quatre Parisiennes a repris son cours… mais tout est loin d'être rentré dans l'ordre.

Nadia et Juliette sont fiancées — encore faudrait-il qu'elles trouvent un créneau, entre deux réunions, pour se dire oui.

Claire et Margot s'offrent une seconde chance, mais peut-on vraiment balayer d'un revers de main des mois de tempêtes émotionnelles ?

Quant à Steph et Dominique, comment leur idylle évolue-t-elle, maintenant qu'elle se vit sous le feu des projecteurs ?

Avertissement : cet ouvrage contient un langage sensuel, des femmes qui font l'amour, des cœurs brisés, des fesses rougies, et un ou deux rebondissements qui vous laisseront sur votre faim.

Thèmes et tropes

  • Écart d'âge
  • Romance au boulot
  • Couple à long terme
  • Intrigue politique

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Épisode sept

Steph

Steph ferma les yeux et des images de Dominique s’imposèrent aussitôt derrière ses paupières. Une langue lapa son clitoris et elle ouvrit les yeux, incapable de supporter le souvenir du sourire de Dominique à cet instant. La femme dispensant ses services oraux à Steph n’aurait pu être plus différente de Dominique, même si Steph pouvait se tromper. Elle ne vivait toutefois pas sous le feu des projecteurs. Si cette femme aux courts cheveux noirs était une femme politique, ou toute autre personne en mesure de payer une fortune pour des conseils en relations publiques, elle ne serait pas à genoux à Le Noir à l’heure actuelle.

La promesse d’un orgasme avait frémi en elle à plusieurs reprises depuis que la femme s’était agenouillée devant elle, sa langue tout sauf paresseuse, et ses caresses expertes, mais Steph sentit cette possible jouissance lui glisser entre les doigts maintenant que le fantôme de Dominique s’était infiltré dans son esprit, bien que brièvement.

Steph posa délicatement ses paumes sur les tempes de la femme.

— Hey. Viens ici, indiqua-t-elle en lui faisant signe de se relever.

La femme leva les yeux vers elle. Ils étaient brillants dans la pénombre, emplis d’une détermination contre laquelle Steph n’avait pas la force de lutter ce soir.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

Sa voix était rauque et si elle était déçue d’être arrêtée par Steph, elle n’en montra rien.

Qu’est-ce qui va ? songea Steph. Elle n’était cependant pas venue ici pour s’apitoyer sur son sort. Elle avait pour objectif un orgasme rapide lui permettant d’oublier le reste. C’était loin d’être sa première erreur, au cours de ces dernières semaines.

— Ça ne fonctionnera pas. Désolée. Ce n’est pas toi…

— Oh, je sais que ce n’est pas moi, bébé.

La femme se redressa. Debout, elle dépassait Steph de quelques centimètres. Elle posa sur Steph ses yeux d’un bleu surprenant, presque turquoise.

— Tu veux en parler ?

Steph croyait avoir bien choisi. Elle avait pris son temps après son arrivée au lieu de partir avec la première femme qui lui avait relativement plu. Elle avait conscience de son besoin d’une femme dont émanait un certain pouvoir, qui prendrait facilement les rênes – comme s’il s’agissait d’une évidence, sans autre option possible. Cette femme anonyme ne l’avait pas déçue, Steph pouvait au moins s’enorgueillir de son bon jugement là-dessus, mais ce n’était pas Dominique.

— Ce lieu n’est pas fait pour parler.

Peut-être si elle inversait les rôles ? Peut-être que cela l’exciterait suffisamment ou lui remémorerait au moins une époque où elle était différente. Où elle était plus que l’ombre d’elle-même. Souffrant d’une solitude qu’elle avait toujours su qu’elle éprouverait si elle se laissait aller à s’investir dans une relation. Stéphanie Mathis gardait ses distances pour de bonnes raisons. Elle s’était bien trop ouverte à Dominique et il était désormais trop tard.

Steph referma une main sur la nuque de la femme.

— Comment t’appelles-tu ?

— Ce lieu n’est pas non plus fait pour les échanges de noms.

Seuls quelques centimètres séparaient leurs visages. Steph percevait le souffle de la femme sur sa peau et sa propre odeur sur elle.

— Comment t’appelles-tu, toi ?

— Tu as raison. Ce n’est pas important.

Steph attira la femme à elle et l’embrassa. Elle ne se rappelait pas avoir déjà embrassé qui que ce soit à Le Noir. Ce n’était pas un lieu fait pour les baisers, non plus – pas pour elle, en tout cas. Elle avait néanmoins besoin de sentir les lèvres d’une autre femme contre les siennes. D’une proximité telle que ses traits disparaissaient dans la pénombre, au point qu’elle pourrait être n’importe qui. Quand Steph glissa la langue dans la bouche de la femme, celle-ci se transforma en Dominique Laroche dans son esprit. Toujours le visage du MLR, même après les récents évènements. Parce que Steph l’avait bien conseillée. C’était son travail, après tout. Et voilà où cela l’avait menée : à la recherche de sexe anonyme dans un club secret. Si elle était sûre d’une chose à cet instant, alors qu’elle abandonnait sa bouche et un peu plus d’elle-même qu’elle l’aurait voulu à cette inconnue, c’était d’avoir pris la bonne décision. Stéphanie Mathis et Dominique Laroche ne pourraient jamais être un couple heureux, pas après tout ce qu’il s’était passé. Avant non plus, mais elles avaient été trop stupides pour s’en rendre compte. Steph s’était laissée aller à tomber amoureuse et, en conséquence, elle s’était retrouvée en une du Matin.

Lorsqu’elles rompirent ce baiser, Steph se plongea de nouveau dans ces étonnants yeux bleus et sa partenaire du soir inclina la tête, un sourire malicieux aux lèvres.

— Je m’appelle Yasmine. Inutile de te présenter. Je sais qui tu es.

La colère s’embrasa en Steph. Elle n’était pas retournée à Les Pêches depuis que la nouvelle avait été rendue publique. Les ragots abondaient toujours, là-bas et Steph n’avait aucune envie de se retrouver au centre d’une telle attention. Et cet endroit sombre et privé n’était plus sûr non plus, maintenant ?

— Tu ne sais rien de moi, rétorqua sèchement Steph.

Elle se repoussa du mur contre lequel elle était appuyée, puis elle pivota sur ses talons, emportant Yasmine avec elle.

— Plus un mot.

Elle colla brutalement ses lèvres à celles de Yasmine, se demandant seulement brièvement ce qu’elle était en train de faire. Elle avait besoin de décompresser, peu importait comment. Si elle ne pouvait pas atteindre elle-même l’orgasme, elle ferait jouir Yasmine.

— Écarte les jambes.

Elle ne détourna pas le regard des yeux hypnotiques de Yasmine. À sa grande surprise, Steph lutta contre une subite envie d’inviter cette femme à rentrer avec elle. À rester jusqu’à son réveil, quand tout était le plus difficile à gérer.

Yasmine obtempéra rapidement et, sans la quitter des yeux, Steph glissa un doigt dans la moiteur de son entrejambe. Ce geste fit remonter à la surface d’innombrables souvenirs de Dominique. Le regard qu’elle posait sur Steph quand elle évaluait son excitation, son expression amusée et presque arrogante. Parce qu’elle savait que personne d’autre n’avait un tel effet sur Steph. Pas plus d’une ou deux fois d’affilée, tout du moins. Steph repoussa ces images au plus profond de son esprit, puis elle se laissa tomber à genoux et enfouit sa langue dans le sexe de Yasmine.

Son goût n’avait rien à voir avec celui de Dominique, mais elle discerna un peu de son ancienne amante en elle quand même, cette sorte d’acidité universelle qu’elle avait retrouvée entre les jambes de toutes les femmes avec lesquelles elle avait couché. Yasmine emmêla ses doigts dans les cheveux de Steph et les tira avec force. Steph s’était bien doutée qu’elle serait ce genre de femme, du genre à vouloir garder le contrôle même quand elle recevait du plaisir.

— Baise-moi, gémit la femme.

Ce fut au tour de Steph d’obéir. Elle porta deux doigts près de sa bouche et les inséra sans autre préambule. Que c’était bon de pénétrer à nouveau une autre femme. De se sortir de cette douleur dans laquelle elle s’était complue. Elle se sentait plus à l’aise qu’elle ne l’aurait cru, avait l’impression d’être la même Steph qu’autrefois.

Elle baisa Yasmine, ses va-et-vient précis et profonds tandis que sa langue roulait sur son clitoris. Une couche de la peine de Steph s’étiola. Elle ne s’était plus autant sentie elle-même depuis sa rencontre avec Dominique, et ce parce qu’il n’était aucunement question d’engagement, ici. Il s’agissait uniquement de profiter, de prendre du plaisir. Il n’y avait aucun sentiment. Aucun cœur ne serait brisé. Ce lieu restait son refuge, qu’elle soit reconnue ou non. Des règles étaient en place. Dès que Steph s’était mise à genoux, elle avait cessé d’être la femme en une du journal. Elle était redevenue Stéphanie Mathis.

— Oh, bébé, oui.

Yasmine gémit, ses doigts s’enfonçant dans le crâne de Steph.

Steph replia ses doigts, certaine d’avoir conclu l’affaire. Elle éprouva une indubitable arrogance à cet instant, après avoir fait jouir cette inconnue grâce à ses doigts, une fierté dont elle se délectait à une autre époque. Telle une toxicomane retrouvant sa drogue de prédilection. L’espace de quelques secondes, la joie éclipsa la douleur qui la consumait ces derniers temps et elle soupira en chœur avec Yasmine alors que les parois intimes de cette dernière se contractaient sur ses doigts.

Yasmine relâcha sa poigne sur les cheveux de Steph, mais celle-ci resta agenouillée un peu plus longtemps. Son euphorie se dissipa bien vite, mais sans quitter complètement son système. Elle sentit son propre clitoris palpiter entre ses jambes, mais personne ne la toucherait à cet endroit pendant un moment. Elle pouvait atteindre l’orgasme en solitaire. Sa propre jouissance lui importait peu, insignifiante en comparaison avec les sensations qui la traversaient lorsqu’elle faisait basculer une autre femme dans l’extase. Elle se sentait forte. En contrôle. Capable.

Une fois, lors d’un épisode d’extrême vulnérabilité, elle s’était bien plus confiée à Dominique au sujet de son passé qu’elle n’en avait eu l’intention. Elles étaient toutefois partenaires et elles partageaient des choses, donc elle s’était livrée. Elle avait tenté de lui expliquer cette effervescence, ce frisson qui lui remontait l’échine quand elle se sentait maîtresse de la situation et Dominique l’avait dévisagée avec un air semblable à de la pitié.

— Le sexe, c’est tellement plus que ça, avait-elle répondu en renversant Steph sur le dos.

Elle lui avait ensuite démontré ce qu’elle voulait dire. Steph avait cru chacun des mots de Dominique. Et puis elle avait convaincu Dominique de ses propres propos, avant de l’éjecter de sa vie.

— Bordel, Stéphanie Mathis.

Le soupir de la femme sortit Steph de sa rêverie.

— Je ne te connais peut-être pas, mais tu sais clairement faire jouir une femme.

Steph se releva et croisa le regard de Yasmine.

— J’ai eu de l’entraînement, annonça-t-elle le plus froidement possible.

Yasmine s’affaissa contre le mur.

— J’en conclus que tu ne fréquentes plus cette femme politique ?

— Ne le prends pas mal, mais ça ne te regarde absolument pas.

Steph chercha sa serviette, impatiente de couvrir son corps nu. Devrait-elle s’inquiéter ? Sybille la suivait-elle encore dans l’espoir de dénicher de nouvelles informations compromettantes à son sujet ? Steph s’était cependant éloignée de Dominique pour une raison. Elle ne voulait pas la discréditer. Une députée conservatrice ne survivrait pas dans le rude monde politique avec une femme telle que Steph à ses côtés. Claire et Juliette pouvaient manier la situation comme elles le voulaient, c’était la vérité. C’était dur, mais c’était comme ça.

— Compris.

Yasmine tendit le bras et caressa la joue de Steph du dos de ses doigts.

— Tu as l’air triste, commenta-t-elle.

Tu n’imagines même pas, songea Steph. Elle se contenta néanmoins de secouer la tête, luttant contre l’instinct lui soufflant de se lover contre la main de cette femme, puis elle se baissa pour ramasser sa serviette abandonnée. Cette entrevue était arrivée à son terme. Au moins Pierrot l’attendrait-il chez elle.

Claire

— Et maintenant ? s’enquit Margot.

Une certaine impatience à laquelle Claire commençait à s’habituer perçait dans son ton.

Claire roula sur elle-même afin de s’éloigner de Margot, puis elle soupira. Était-ce sa faute ? Margot était médecin, elle devrait savoir que Claire ne contrôlait pas les réactions de son corps.

— Hey, hey, hey.

Margot se colla dans son dos et replia un bras sur son torse.

— Pas de ça entre nous, murmura-t-elle avant de déposer un baiser dans la nuque de Claire. Ne boude pas, je t’en prie.

— Je ne boude pas, c’est juste…

Claire ne savait pas trop ce qu’elle faisait. Elle savait seulement que rien ne lui paraissait juste. Peut-être le retour d’Inez avait-il été un signe. Peut-être Margot et elle n’étaient-elles pas faites pour être ensemble, après tout. Elles avaient toutefois eu cette conversation à d’innombrables reprises. Elle avait l’impression d’avoir abordé le sujet des millions de fois, bien que certaines discussions avec Margot soient plus que compliquées.

— Je ne suis pas comme toi, Margot.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Margot avait été accommodante, au début. Patiente. Elle l’écoutait, la tête inclinée, une lueur de compréhension dans les yeux. Mais si ce qui avait justement attiré Claire au début ne fonctionnait plus, comment leur relation pourrait-elle évoluer ?

— J’ai besoin de plus qu’un coup de langue sur mon clitoris et un doigt dans ma chatte.

Les mots sortant de la bouche de Claire semblaient très durs. Elle aimerait pourtant paraître plus infecte. Comment son tourment intérieur pourrait-il s’exprimer autrement ?

Margot se laissa retomber sur le matelas, s’écartant ainsi de Claire. Bam. Conversation terminée. Claire était devenue une experte pour ça, elle aussi.

— Je sais ce dont tu as besoin, affirma Margot d’une petite voix.

De confiance. Elles ne le savaient toutes deux que trop bien. Claire ne pourrait pas s’abandonner à Margot si elle ne pouvait pas lui accorder sa confiance. Elle avait essayé, mais ce n’était pas aussi simple qu’elle l’aurait cru. Elle aimerait que Margot l’attache, lui bande les yeux et la fasse basculer dans l’extase, mais quand elle se retrouvait dans cette position, quand Margot verrouillait les menottes autour de ses poignets, elle ne parvenait pas à lâcher prise. Elle était incapable d’oublier l’existence d’Inez. Contre tout bon sens, Claire avait persuadé Margot de lui raconter en détail sa partie de jambes en l’air avec Inez. Margot lui avait rapporté la scène dans les grandes lignes, mais Claire n’avait eu aucun mal à combler les trous.

— Tu devrais peut-être rentrer chez toi, ce soir.

Alors même qu’elle prononçait ces mots, le cœur de Claire se serra. Dans tous les autres domaines, Margot embellissait encore sa vie. Elle restait cette médecin intelligente, calme, têtue et séduisante dont elle était tombée amoureuse.

— Vraiment ?

Claire sentit Margot se déplacer dans son dos.

— Ne faisons pas ça, Claire. Je veux rester.

— Reste, alors.

Le cœur de Claire se noua tandis qu’elle posait les pieds par terre et se redressait.

— Je vais aller regarder la télé.

Les premiers mois, et même les premières années, d’une relation n’étaient pas censés être troublés par le doute et l’incapacité à s’abandonner, songea Claire en sortant de la chambre. Dans les premiers temps, tout n’était normalement que passion, papillons dans le ventre et alanguissement aussi total qu’inattendu.

Claire ne lança pas un dernier regard à Margot dans son lit. La vision de son expression peinée lui serait insupportable. Les larmes couleraient encore une fois, accompagnées de reproches silencieux. Les disputes violentes et bruyantes n’étaient pas leur genre, mais le silence pouvait s’avérer tout aussi blessant.

Elle s’avachit sur le canapé, puis elle alluma la télévision sans accorder la moindre importance à la chaîne, son regard perdu dans le vide. À cet instant, elle souhaitait sincèrement que Margot s’en aille. Son absence était tout simplement plus simple à supporter, étant donné qu’elle ne lui rappelait pas les conséquences du passage aussi bref que destructeur d’Inez dans leurs vies. Claire avait été déterminée à accorder cette seconde chance à Margot dès lors qu’elle avait enfin pris cette décision, ce soir où l’amour régnait en maître et Juliette avait mis un genou à terre pour Nadia. Depuis, quatre longues semaines s’étaient écoulées et elles lui paraissaient avoir duré quatre mois.

Elle avait atteint l’orgasme exactement une fois. Et c’était elle qui tenait les rênes. Plus ou moins. Sa déclaration à Margot, ce fameux soir, dans la cuisine de Juliette et Nadia, était toujours aussi claire dans son esprit. Ce n’est pas la femme dont je suis tombée amoureuse. Claire n’avait pas réussi à retrouver cette Margot. Le problème n’était pas son manque d’efforts pour être à la hauteur, mais plutôt que Claire ne la laissait pas passer ses défenses.

Et le cœur du sujet n’était ni les orgasmes ni leur vie sexuelle décevante, de toute façon. C’était la prise de conscience qu’un pilier fondamental de leur relation s’était effondré, qu’elles n’étaient pas les actrices d’une stupide comédie romantique avec une fin heureuse. Cette douleur était bien réelle et ces doutes également, et tourner la page n’était pas si aisé.

— Hey.

La voix de Margot lui parvint depuis l’encadrement de la porte où elle était appuyée. Elle avait enfilé son jean, mais rien de plus.

— Tu veux vraiment que je parte ?

Une fois de plus, Claire fut subjuguée par sa beauté. Elle ne s’en sentit que plus bête. Comment pouvait-elle jeter une femme comme Margot hors de son lit et de son appartement ? N’importe qui reviendrait pour une femme comme elle. Inez s’était battue bec et ongles pour la récupérer. Peut-être Claire aurait-elle dû capituler tant qu’elle en avait l’occasion, ravaler sa peine et laisser deux autres personnes partager un peu de bonheur. Mais voilà où elles en étaient, toutes aussi malheureuses les unes que les autres.

— Je ne sais pas, admit-elle en secouant la tête. Je ne sais pas quoi faire.

Margot se dirigea vers elle, ses petits seins rebondissant au rythme de ses pas.

— Si tu as besoin d’espace, je peux t’en donner, Claire. Mais je ne renoncerai pas à nous.

— Nous ?

Bien qu’elle ait souhaité le départ de Margot quelques instants plus tôt, cette offre d’espace l’agaça quelque peu et Claire se mit aussitôt sur la défensive.

— Est-ce qu’il y a vraiment un nous ?

Plus que tout, Claire s’était perdue dans tout cet imbroglio.

— Écoute.

Margot se rapprocha encore et s’assit à l’autre bout du canapé. On devrait peut-être consulter. Voir quelqu’un d’extérieur à tout ça.

— Un psy ? pouffa Claire.

Pour étaler cette humiliation devant une personne supplémentaire ?

— Je n’ai pas besoin qu’une autre personne me dise ce qui ne va pas chez nous, râla-t-elle en appuyant sur ce dernier mot. Tu as choisi ton ex plutôt que moi et je ne le tolère pas. Tu l’as baisée d’une façon dont…

Claire s’interrompit. Elle n’avait pas les mots pour exprimer correctement ses sentiments sur ce sujet. Son corps trahissait sa désapprobation pour elle.

— Je ne l’ai pas choisie, Claire. Je t’ai choisie, toi.

— D’accord, donc tu l’as seulement baisée, soupira Claire. Je me sens tellement mieux, d’un coup.

Margot soupira à son tour.

— On devrait peut-être essayer de ne pas coucher ensemble pendant quelque temps. Sortir ensemble. Voir si tu m’apprécies encore.

— Si je t’apprécie ? Je t’aime, merde. C’est ce qui rend cette situation aussi insupportable.

— Si tu m’aimes et je t’aime, pourquoi est-ce si difficile ?

Margot essuya ses paumes sur son jean. La nervosité la gagnait, Claire s’en rendait bien compte. Elle était à deux doigts d’exploser, à sa façon intolérable aux yeux de Claire. Mutique et distante. Inatteignable.

— Tu as peut-être raison. J’ai peut-être besoin d’espace. Accorde-moi quelques jours. Je t’appellerai pour « arranger un rendez-vous ».

La froideur de sa propre voix surprit Claire. Ce n’était pas la personne qu’elle voulait être. Cependant, bien que rien de tout ceci ne soit sa faute, sa souffrance était bien la plus forte.

Margot prit une vive inspiration. Claire supportait à peine de la regarder. Elle redoutait déjà le moment où la porte se refermerait derrière Margot, mais au moins la tension ambiante se dissiperait-elle.

— D’accord, Claire. Appelle-moi quand tu es prête.

L’ironie ne faisait pas partie des talents de Margot. Ce n’était tout simplement pas son genre, et ce en dépit des cours intensifs prodigués par Claire ces quatre dernières semaines. Après s’être levée du canapé, Margot resta immobile quelques instants, son regard rivé sur Claire.

— Je regrette ce que j’ai fait. Tu le sais. Si tu ne peux pas surmonter ça, on doit en tirer quelques conclusions.

Margot asséna ces mots d’un ton aussi détaché que d’habitude, sans laisser transparaître la moindre émotion.

— J’en ai marre qu’on se blesse mutuellement.

Le cœur de Claire se serra une fois de plus. S’il s’agissait réellement de la femme de ses rêves, pourquoi avait-elle tant de mal à lui pardonner ? Claire avait cru l’avoir déjà pardonnée. Que le pire était derrière elles et qu’elles pouvaient recommencer à zéro. Jusqu’à ce qu’elles se retrouvent au lit. Le ressentiment avait alors pris le dessus.

— Ne pars pas comme ça, reprit Claire avant de tendre une main. Viens ici, s’il te plaît.

La chaleur corporelle de Margot lui apportait encore tant de réconfort et elle désirait tant s’abandonner à son étreinte et prétendre qu’Inez n’était jamais revenue.

Margot rejoignit Claire et saisit sa main dans la sienne, puis elle s’accroupit à côté d’elle.

— Je suis là pour toi, bébé. Vraiment. Mais tu ne peux pas continuer de me repousser. Je ne le supporterai plus très longtemps.

Claire se plongea dans les yeux noirs de Margot. Elle avait été sur le point de rencontrer ses parents. Margot l’avait courtisée sous la tour Eiffel, nom d’une pipe. Tout avait été parfait. Et voilà ce qu’était devenue leur relation.

— Nadia m’a dit quelque chose, il y a un petit moment. Elle m’a conseillé de ne pas m’imposer d’être plus parfaite que les autres. J’ai commis une erreur, Claire. Je t’ai blessée et je vais devoir l’accepter. Mais j’ai appris de cette erreur et je peux t’assurer, sans l’ombre d’un doute, que je ne te ferai plus jamais de mal ainsi. Tu as ma parole.

Les larmes brûlèrent les yeux de Claire. Ce n’était pas dans ses habitudes et c’était pourtant devenu récurrent ces derniers temps.

— Parfois…

Elle prit une profonde inspiration avant de continuer, pas très sûre de la nécessité de partager cette information.

— Je pense que ce serait plus facile à digérer si je te rendais la pareille.

Elle leva sa main libre en signe de défense.

— C’est stupide et destructeur comme pensée, je sais, mais c’est dans un coin de ma tête.

Margot la fixa du regard, son expression toujours aussi impassible.

— Si c’est ce que tu ressens, peut-être que tu devrais le faire.

— Vraiment ?

Claire ne savait si elle devait se vexer ou éprouver du soulagement.

— Œil pour œil.

Margot serra fort la main de Claire entre son pouce et son index.

— Si tu crois en avoir besoin…

— Nope. Tu n’es pas du genre à jouer à ça, Margot de Hay. Je ne te crois pas.

— Je suis au bout du rouleau. Je ne sais pas comment tout arranger, donc pourquoi est-ce que je rejetterais ton idée sans même l’envisager ?

— Euh, parce que ça reviendrait à te tromper.

Claire suivait difficilement le cours absurde de cette conversation, bien qu’elle en soit à l’origine.

— Non, tu prendrais ta revanche.

Une lueur de tristesse traversa les yeux de Margot et se figea dans le cœur de Claire. À quoi s’attendait-elle ? Qu’espérait-elle ? Que Margot tape du poing ? Qu’elle fixe des règles ?

— Tu devrais peut-être appeler cette pilote.

Sur ces mots, Margot s’appuya sur les genoux de Claire et relâcha les mains de celle-ci avant de couvrir sa poitrine nue.

— Et si tu profitais de cet espace que je vais t’accorder pour réfléchir à tout ça ?

Claire était consciente d’avoir dépassé les limites. Elle poussait Margot dans ses retranchements depuis trop longtemps maintenant, mais elle ne parvenait toujours pas à trouver le courage, ou plutôt la bravoure de se lever et de rattraper Margot. Qu’adviendrait-il, de toute façon ? Se réconcilieraient-elles ?

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